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Si tu l’aimes, laisse-la partir…

Mais où va donc le Sporting Club de Toulon ? Bien malin celui qui pourra prédire les décisions qui seront prises à l’issue de la rencontre entre Claude Joye, Hubert Falco et Mourad Boudjellal ; ladite rencontre prévue le 15 Juin à 9h.

Digne des meilleurs feuilletons…

La situation est éminemment complexe. Entre égos surdimensionnés, coups de gueule, retour de flamme, illusions perdues, offres et contre-offres, fuite en avant, le tout sous l’ombre portée, tels des acacias, de divers clubs marseillais ou cannois ; elle est digne des meilleurs feuilletons – pour utiliser un mot un peu passé de mode – jamais écrits pour la télévision.

Et elle dure, qui plus est ! Depuis plus de 6 mois, par voie de presse, par tweets et par avocat interposé. La voilà, la spécificité d’un club Azur et Or moribond, après une saison historiquement catastrophique, qui a toujours conservé une attraction presque mystique sur le quidam ayant un temps soit peu réussi dans la vie, mais n’ayant pas forcément les compétences pour mener le club au sommet.

C’est d’ailleurs bien ça, le paradoxe et le drame du SCT : trop, mais pas assez. Trop beau, trop historique, trop sulfureux, immanquablement séduisant pour le petit entrepreneur, le comptable un peu argenté, ou l’agent immobilier, en capacité de s’offrir un peu de piment dans la vie. Pas assez structuré, pas assez rentable, sans suffisamment de notoriété pour véritablement attirer le gendre idéal, le mec compétent, nationalement implanté, avec qui le club pourrait réécrire l’histoire et s’envoler vers des divisions qu’on lui promet depuis des années, mais qu’il n’atteint jamais.

C’est peu ou prou l’histoire qui nous a été contée par les derniers présidents du SCT : Le retour vers le professionnalisme. La marche en avant. La réalisation du potentiel toulonnais. A grand renfort de slogans, d’annonces de moins en moins crédibles, jusqu’à ce que la réalité vienne de nouveau réveiller tout le monde à grand renfort de taloches et nous renvoyer dans les divisions inférieures du football français. Là où se situe le vrai niveau du club à l’heure actuelle.

Les marchands de sommeil…

Car oui, la poudre jaune et bleu que l’on pioche avec abondance dans l’histoire mythique du football toulonnais et que l’on jette à la face des supporters ne se tarit jamais. Mieux : il suffit de prononcer les mots « grinta » et « mentalité toulonnaise » pour qu’on en ait de nouveau plein les paupières. Il faut lui reconnaitre un mérite, celui de permettre aux marchands de sommeil de durer pendant que l’on erre dans les divisions amateures comme dans un cauchemar sans fin.  

C’est en cela que la candidature, plutôt inattendue, de Mourad Boudjellal vient redistribuer les cartes. C’est en cela également que l’absence d’autres candidats à la reprise du Sporting est significative. Ce sentiment de dernière chance. Ce sentiment qu’il n’y aura plus personne, voir qu’il n’y aura jamais personne, d’un profil de haut niveau, capable de ramener à Toulon ce qui lui manque cruellement. Une crédibilité professionnelle. Un véritable réseau national. Un nom. Une ambition. Et une réelle lumière, même si ce n’est qu’une lueur d’espoir.

De la compétence, enfin ?

L’amour que les différents dirigeants qui se sont succédés ces dernières années ont porté au Sporting n’est pas nécessairement à mettre en cause. Oh, ils l’ont sûrement beaucoup aimé ! Mais pour passer le pallier attendu depuis ce qui semble être une éternité, c’est un mot clé comme une pierre de voûte qu’il a toujours manqué : la compétence. L’amour oui. Mais la compétence globale, aussi, pour un projet, une ville et des supporters, qui méritent que l’on soit à la hauteur de leur fidélité pour ce club.

Ceci une fois dit, il ne faut pas croire que ce billet d’humeur soit un chèque en blanc fait à Mourad Boudjellal. Rien ne serait plus faux. S’il devait s’assoir dans le siège du président, il serait ainsi jugé, comme les autres avant lui, sur sa politique, ses résultats et la réalisation de son projet.

Adulé, détesté, « MB » a pour lui une véritable carrière et un véritable parcours, ce qui ne peut être mis de côté. Prophète en son pays, il serait absolument malhonnête de lui retirer ce qu’il a fait pour Toulon, ce que personne n’a su faire avant lui, comme il serait malhonnête de dire que tout a été apprécié dans la politique qu’il a mené, ou dans le style avec lequel il a conduit ses succès. Mais triple champion d’Europe, champion de France sans parler d’un nombre phénoménal de finales : c’est factuel. Nul ne peut le démentir !

Quant aux polémiques « olympiennes », méritent-elles même d’être évoquées ? S’y attarder, c’est voir la branche dans l’œil de Mourad Boudjellal, quand on ne voit pas la poutrelle dans l’œil de Claude Joye, que l’on a pourtant longtemps feint d’ignorer.

Les supporters veulent le club qu’ils méritent !

On peut comprendre cependant, quand on voit quel magnifique stade est devenu Mayol et quand on se rappelle les moments de joie procurés à tous les toulonnais par le RCT, que l’excitation soit importante du côté des supporters toulonnais. Prêts à raviver, comme jamais, la flamme d’une passion qui n’attend que le bon moment pour crépiter de nouveau, et faire de nouveau bouillir la marmite fumante que n’aurait jamais dû cesser d’être Bon-Rencontre.

Le feu, la chaleur, l’amour : Même Hubert Falco, interpellé par les supporters, a enfin ouvert les portes de la Mairie pour faire avancer la situation. Marions-les ! Il en faut quand même, du béguin, de la part de Mourad Boudjellal, pour être 3 fois champions d’Europe, champion de France et être encore là ; à la table des négociations afin de repêcher un SCT englué dans le monde amateur, décrédibilisé par des années de politique sportive menée dans un entre-soi étrange. Convenons que la situation la plus délicate, cependant, dans ce triangle des plus tourmenté, revient à Claude Joye : Il en faut de l’amour, aussi, pour savoir se séparer pour le meilleur, même si l’on devine que cela fera mal, longtemps.

Alors Claude, si tu l’aimes vraiment, et si tu souhaites partir par la grande porte sans discréditer ce que tu as fait, toi aussi, pour l’institution Sporting, il n’y a plus qu’une seule solution : lui dire au revoir. Et pour son propre bien, la laisser partir. Dignement !

Anton Sacchi

 

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