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Roger Mendy : Ce que j’ai vécu ici, je ne l’ai jamais connu ailleurs

L’interview exclusive du Musée du Sporting Toulon

Une fois n’est pas coutume, je vais parler en mon nom propre car je voulais absolument et avant toute chose, remercier une personne qui m’a permis de rentrer en contact avec Roger Mendy.

Cette personne, c’est son fils Roland ! Sans lui et son soutien, il m’aurait été impossible de rencontrer ce joueur emblématique du Sporting de la grande époque !

En effet, jamais en 4 ans et près de 40 entretiens il ne m’aura été aussi compliqué et difficile de retrouver la trace de ce monstre sacré.

Jamais, il ne m’aura fallu autant de persévérance pour vous faire partager ce moment de pur bonheur. Preuve en est, il n’a jamais accordé la moindre interview depuis son retour à Dakar. Mais avouez, quel joueur ! Il est dans la mémoire de chacun d’entre nous qui avons eu la chance de le voir sous la tunique Azur et Or ! Craint de ses adversaires, mais adulé sur la rade. Il fût notre Lion à nous ! Et si 30 ans après, son souvenir est aussi vivace, c’est qu’il avait le talent et la gentillesse. Bref, c’est de son Sénégal natal qu’il a pris la peine de m’accorder de son temps.

Encore merci à lui pour ce pur moment de bonheur.

POURQUOI AVOIR CHOISI LE SPORTING ?

Chaque année le champion de France sortant venait faire un tournoi triangulaire au Sénégal contre des équipes locales. J’ai donc joué contre Monaco et à la fin Roland (Courbis) est venu me voir et m’a demandé si ça m’intéresserait de venir en France, à Toulon. Il était en partance pour le Sporting. Ça ne se refusait pas. En plus, passer professionnel, c’était mon rêve. Mon aventure a démarré comme ça.

QUEL JOUEUR DU SPORTING T’A LE PLUS MARQUE ?

Je dirais toute l’équipe. On était une petite équipe par rapport à l’O.M., le P.S.G. et beaucoup d’autres du championnat. On se devait d’être solidaires, de fonctionner comme une famille. Mais, il y a eu des personnes comme Paganelli. Quand je suis arrivé à Toulon et avant d’être à l’hôtel, c’est chez lui que j’étais hébergé. Ça a créé des affinités sur et hors du terrain. Il m’a donné pas mal de conseils à moi qui arrivais de Dakar. Il m’a beaucoup aidé, beaucoup marqué. En plus, on ne joue pas à 17 ans avec des gens comme Larqué et tous les autres par hasard. Il avait du talent celui-la. Il y a eu Zahoui aussi et bien sur Pardo. Il avait un engagement physique extraordinaire, il se battait pour toute l’équipe. Il tirait tout le monde avec lui…

UN SOUVENIR, UNE ANECDOTE SUR TON PASSAGE A TOULON ?

Il y en a plusieurs. Tout d’abord, quand je suis arrivé au club, j’ai eu une surprise…. on a voulu me faire faire des tests médicaux. Je n’ai pas voulu. J’ai dit à Roland, je ne suis pas venu jusqu’ici pour faire des tests. Si je fais ça, je rentre chez moi (rire). Puis il y a eu la présentation de l’équipe où l’on n’a même pas prononcé mon nom. On m’a présenté en disant « on a fait signer un arrière Africain qui vient de Dakar ». Faut dire qu’il y en avait déjà pas mal de défenseurs avec les Alfano, Bérenguier et les autres. Et puis, un jour lors d’une interview Roland à dit de moi : « vous verrez, il est meilleur que Trésor et l’égal de Beckenbauer ». Après cette déclaration et comme je n’avais pas encore joué, les gens m’appelaient l’arlésienne. Jusqu’à mon premier match à domicile contre Montpellier. Je commence le match sous quelques sifflets, voir même des insultes. Puis, on gagne 1 à 0 et je marque. À la fin du match, je suis sorti sous les ovations, c’était le début de mon histoire avec le Sporting. Durant plus d’une heure et demie après le match, les gens sont venus me voir pour me féliciter…..j’étais devenus le lion.

UN MATCH EN PARTICULIER ?

Un match contre Bastia où l’on gagne 2 à 1.

Var matin avait titré : « Mendy a tout fait ! ».

Je marque le premier but, je fais marquer le deuxième et je marque contre notre camp !

Roland m’avait fait jouer avant-centre. Bénédet et Victor Ramos devaient être blessés. La veille au soir, je dis à Roland « tu as des problèmes ? ». « Ne me casse pas les couilles » me répond-t-il ! « Je ne sais pas qui mettre devant ». « Je suis là, fais moi jouer en 9 » je lui ai dit. « C’est pas con, ça !! » et j’ai démarré le match avant- centre.Quand j’ai marqué, j’ai entendu Roland me crier “va derrière » (rires).

EN QUELQUES MOTS, SI TU DEVAIS RÉSUMER TON AVENTURE TOULONNAISE ?

Tout d’abord, ce que je voulais dire, c’est un très, très, très grand merci au Sporting. Ce n’était pas évident de venir et de percer ici, dans un club comme Toulon. J’ai eu du mal à m’adapter mais bien entouré de tout le monde, j’y suis arrivé. Ce que j’ai vécu ici, je ne l’ai jamais connu ailleurs, ni même à Monaco où j’ai pourtant joué la coupe d’Europe. Au Sporting, il fallait sans cesse se serrer les coudes, ne rien lâcher, se battre. On était tous une bande de copains, avec un Roland génial. Avec ce club, c’est un mariage à vie, je le porterai toujours dans mon cœur. Si bien que quand je suis parti à Monaco et que je suis revenu à Bon Rencontre, j’ai dit à l’entraîneur que je ne jouerai pas contre eux. Je ne peux pas jouer contre le Sporting, contre mes copains : “Sanctionnez-moi si vous voulez, mais je ne jouerai pas ce match”. Et, je n’ai pas joué.

D’ailleurs, il suffit que l’on parle ensemble pour que l’accent de Toulon revienne de suite (rires) ou même quand je parle de Toulon à quelqu’un ici, il me le dit : « c’est quoi cet accent ? » (rires).

Le Sporting est le club qui m’a accueilli d’Afrique et ça, on ne peut pas l’oublier.

Quand j’entends dire que le Sporting joue en National 2, ça me fait mal, vraiment mal, pour la ville et les supporters.

QUE DEVIENS TU ?

Je suis toujours dans le football, à Dakar. Je travaille dans une école (l’ISEG) qui prépare les jeunes de 8 ans à l’âge adulte, au métier de footballeur. J’y suis directeur sportif. Les jeunes sont des étudiants-footballeurs et je donne des cours de théorie du football.

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Le Musée du Sporting Toulon
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